23h17


#57 – Feu de Quand

Retour sur la plage qui a vu nos feux d’camp, nos feux d’joie
Sans feu des fois que celui d’une bougie, un bout d’clope ou le feu infini,
Qui brulait nos cœurs et nos lèvres et nos yeux
La tête posée sur le bras de l’ami
J’y vois encore, j’entends encore sa voix lactée.

Ouais cette plage qui a vu ta guitare embraser les pensées les plus froides,
Les temps morts, et la nuit qu’on adore qui s’enfuit,
Comme ses pieds en mouvements dans le sable,
A l’encre, au tatouage, à la cheville, c’est toujours une fille,
Qui m’oublie.

Danse et vacille au feu de camp, la flamme
Que rien n’éteint pour l’instant
Par les rêves et les songes moi je crame
Tout l’restant c’est du vent

Retour sur la plage qui a vu nos espoirs et nos mirages
Et nos aurores pas boréales, nan magistrales se lever, pour la première fois
Nos yeux fatigués de bonheur tournés vers un futur encore clair
Et nos paroles et nos messages et nos bouteilles à la mer.

Ouais cette plage qui a vu nos baisers, nos fous rires,
Échangés contre vents et marées contre rien, que l’instant
Et les vagues, le soleil, les embruns, l’océan
Me reviennent en mémoire trop souvent
Carte postale de fond d’cale, aux naufrages, mes souvenirs, aux débris nostalgie.

Danse et vacille au feu de camp, la flamme
Que rien n’éteint pour l’instant
Par les rêves et les songes moi je crame
Tout l’restant c’est du vent


#56

Et puis, tout est parti en fumée. Dernière histoire au feu de camp. Dernière corde résonne encore. A son arc, narratif. Non pas qu’il n’y avait plus rien à dire. C’est qu’il n’y avait plus rien à brûler.

Le clan s’est retrouvé dans le silence, dans le noir, quelque part, aux alentours de 23h17, sur la fin pour être exact. La bonne heure pour dormir. La passerelle vers le Lever du Jour.

Mais l’un d’entre eux a levé les yeux au ciel, Magie Perdue. Il a vu d’autres lumières, des milliards, autrement plus belles que son feu de camp. Sûrement d’autres histoires, et peut-être les mêmes.

Alors quoi ? Finalement, rien ne s’arrête ?
Ou tout recommence toujours ?


#55


#54 – Julep

J’ai passé 30 berges 
Amassé tant d’merdes 
Putain les amis, c’est vendredi 
Je rentre chez moi, j’suis fatigué 
 
Sauf que ce soir y’a du monde au salon 
Ouais des gars cool au saloon 
Ils s’allongent des mélanges au bon goût de paradis 
Et s’enfument à la fleur d’ange. Y’m’disent : vas-y 
Lâche toi, lâche tout, Lâche rien, lâche les chiens 
 
Sortez les bouteilles ouvrez les fenêtres, c’est l’printemps 
Vas-y bois fume il est onze heures on a l’temps 
Ici la nuit s’écrit sur les pupilles 
Décroche la lune, la mâchoire, les étoiles 
Ouais la gueule des grands soirs !


Rayon de soleil à travers la vitre 
J’ai dû dormir on est samedi 
Le bolide roule vers quelque-part 
Et l’important c’est l’voyage 
 
Au son d’la fonk de Cool & son gang 
J’ai une place à l’arrière pour watcheur 
Au fond, je commence à comprendre
D’où s’est pointé le son du cor 
Allez dépêche, on a des bornes au compteur 
Vas-y mon pote, on s’enfuit 
 
Les mecs palabrent et se marrent 
Braqueurs de bonheur préparent un casse 
Nuage bleu, Nuit blanche, Dam la Rouge 
On va kiffer sur tout c’qui bouge 
Feu Rockerij, Hunter’s Bar, Paradiso 
Rafale de pure en vitesse lumière 
Flacon, Millenium, En Solo !
 
 
A l’avant poste, ils fument une clope 
Se trouvent les potes, les warriors 
Les gardiens de la Galaxie 
Dans laquelle je dors 
Trop souvent. 
Face aux vents, ils se marrent encore. 
 
Ah, dimanche, de quel jour, de quelle année 
Ouais ça balance, faudrait rentrer, nan? 
Quoi voir la mer, dans le port d’Amsterdam 
Y’a des marins qui dorment 
Et ils ont d’la chance 
Parce que moi, j’vais vomir 
 
Les mecs m’emportent et me ramènent 
En lui sûr direction le soir, y m’disent 
Range le bordel aux hémisphères 
Fous tes idées noires au placard 
Pose ton armure, sors ton cœur qu’on le répare 
Rien ne les arrête !


Écrasé, comme la menthe au fond d’un verre 
Noyé, sous la glace et le feu du Bourbon 
Dans le ciel des nuages et les pieds sur la terre 
Dans le cœur des mystères et les yeux l’horizon 

 


#53


#52

On vient de loin, là-bas, dans le temps. Ca fait combien, maintenant, qu’on cavale sous le même Oriflamme Flamboyant ? C’est cette bannière, lève les yeux, qui nous abrite les soirs de pluie. Claque aux vents les soirs de printemps. Tout se transforme, ouais. Rien ne se perd jamais.

Des années, largement, avant l’escale au feu de camp. Tu comprendras plus tard, pourquoi il faut éteindre. Mélanger la terre et les cendres et la pluie. En faire de la boue, le néant. 

Il faut le voir de tes yeux du grand rien ressurgir la flamme, celle qui te fait mentir, rien n’est mort même éteint. Le clan c’est OFF et alors, avec des points.

En suspension…


#51 – Le remède

Le terme JULEP désigne généralement une boisson sucrée, notamment si elle a une application médicinale. Le mot est dérivé de l’arabe julâb et du persan gulâb, signifiant eau de rose :

Laver, puis essuyer une dizaine de feuilles de menthe poivrée.
Froisser légèrement les feuilles de menthe et les déposer dans le verre old fashioned ou dans la timbale préalablement rafraîchie.
Déposer une cuillère à café de sucre en poudre dans le verre sur les feuilles de menthe.
Avec l’aide d’un pilon, piler délicatement les feuilles de menthe sans les broyer. Il est important d’utiliser du sucre en poudre, qui permet d’abraser la menthe afin d’en extraire toutes les essences.
Remplir le verre ou la timbale à moitié de glace pilée.
Ajouter 6 cl de Bourbon Whiskey, puis 2 cuillères à café d’eau.
Mélanger le tout avec l’aide d’une cuillère à mélange.
Décorer avec une tête de menthe fraîche (pour le premier contact).
Placer 2 pailles courtes.
Servir rapidement, consommer frais.
Recommencer autant que nécessaire.

« La poésie n’est pas la fleur, mais tout ce qui lutte pour la mettre en valeur. »

Stan Buckett

#50 – NéOn

Y’a cette soirée ce soir au bar,
Tu ramènes six pintes on est cinq. 
On est tous là, on se connaît depuis des années 
S’il en manque un, il est là, au fond du cœur le cendrier. 
Y’a cette soirée d’étoiles dans les yeux,
Dans l’instant qu’on retient entre 4 murs comme un condamné. 
 
Y’a cette rue, je ne sais plus laquelle, le trottoir d’en face 
Un autre bar, une bonne adresse, y’a le flacon et l’ivresse 
Y’a bien cette fille, cette ville que j’embrasse 
Sur son bruit, dans ses ruelles je trace. Avec elle. 
Y’a cette soirée où rien n’se passe. Comme prévu. 
Que la nuit. Rien que la nuit. Putain de nuit.  
 
Y’a cette soirée assis par terre. Assez partis pour finir tard. 
On est tous là, on se raconte quoi. 
Nos aventures et nos coups durs. 
Nos dérives, nos vies, nos doutes. 
Même nos envies, nos valeurs sûres. 
Tous nos chemins, nos kiffs, nos routes. 
Nos hurlements et nos murmures… 
  
A mort nos verres vides et nos mégots 
A la vie, à la mort, vous êtes beaux 
Et ce néon grésille, Obscur, Flashy 
Et nos yeux brillent, pareil. 
 

Dans les sous-sols 
Dans les gratte-ciels 
Y’a des alcools 
Et d’autres choses 
Y’a des lumières 
Dans la rivière 
Y’a des symboles 
Obscurs, Flashy 
 
Dans les soirées 
Les plus foirées 
Y’a quelque chose 
Dans les rencontres 
Il y a des phares 
A tes paupières 
Y’a des trous noirs 
Obscurs, Flashy 
 
Dans les aurores 
Les routes à pied 
Le mal de mer 
Le mal d’aimer 
Y’a des amours 
Y’a des amis 
Y’a des pensées 
Obscures, Flashy 


#49 – Rue de plus jamais

Tu te souviens, la rue des Trois Mollettes
Les rouages sont pétés comme l’horloge dans ma tête
J’ai vu le temps passer, si tu savais, à une vitesse
Je vois le temps passé, comme toujours, avec tristesse

Comme bien souvent, j’traîne les pavés
Dans cette rue d’autrefois
Dans cette rue où j’étais, où t’étais avec moi
Y’a des lieux Antiquité, ouais ces lieux Poussière
Y’a des endroits larmes à des lieues paupières

C’était l’époque, mon pote, l’époque où j’étais fier
C’était l’époque, mon pote, l’époque où j’t’appelais Frère

Comme bien souvent, je prends du temps
Je m’arrête devant les bars
Si les rideaux tombent c’est qu’il est déjà tard
Souviens-toi, putain, dis-moi qu’c’est pas derrière
Qu’on va revenir flâner, choper les verres de bière

C’était la rue, mon frère, la rue des grandes soirées
C’était la rue, mon frère, la rue des soirs d’hiver

Comme bien souvent, place de la Treille
A la place du vain temps, on s’amusait.
Au lieu de nos vingt ans, y’a des lieux musées.
Tous ces lieux, magie perdue, faut s’y faire.
Ces lieux comme cette rue qui mène à hier.

Passe dans la rue de plus jamais, reviens me voir
Dans la rue de plus jamais, c’est le désespoir
Qui m’use les pavés de la mémoire


#48 

La dernière marche. Une dernière histoire. La meilleure pour la fin. De l’escale, de l’eau sur la braise, petit matin. La fumée s’élève, et nos regards embrumés.

La dernière marche, mais tu le savais déjà. Tu as vécu ce moment, combien de fois ? Le clan à tes côtés te le rappelle, toujours. Lever du jour. Tu dors encore quelques secondes.

La dernière marche, ou la première, ça dépend du sens. De la direction à prendre. Seulement, c’est le vent qui choisit. Où se posent les feuilles. Les minuscules morceaux de papier. Qui monte, qui descend.

La belle histoire. Prophétie.


#47

Et puis l’orage passe. Tout passe toujours, éclairs comme éclaircie. La clairière a pris l’eau delà deci. Et nous, au feu de camp, à souffler sur la pauvre braise, à pester contre le ciel aussi. Que le soleil n’arrive pas.

Mais le soleil arrive toujours, tu sais bien. C’est le feu, peu importe la forme. C’est le feu qui emporte et renaît la flamme. A nos coeurs volcans. A nos feux de camp de courants d’air. Que souffle le souffleur de notre pièce de théâtre. Le dernier acte.


#46 – Cowboy

Bienvenue dans l’Enterprise 
Ici c’est open – space – O.P.A. 
On achète, on revend 
On prend des doll’s où y’en a 
On recrute, on vire de bord 
On tue d’abord puis on discute. 
 
Quand je serai grand, moi, je serai Cowboy 
Je protègerai les gens du coin 
Ca sera servir ou bien périr 
Je serai bien vu par les indiens 
Quand ils verront ou pas l’avenir 
Je serai Cowboy ou je serai rien 
 
Bienvenue dans l’Enterprise,
Ici c’est Nowhere, demain, c’est no future 
On amasse, on dépense 
On braque pas les diligences 
On fait pas l’crack devant les dirigeants 
On reste droit et dirigeable 
 
Bienvenue dans l’Enterprise 
Ici, c’est pas pour les Marshalls, O.K. Corral ? 
On règle ses comptes avec des mails 
On carbure à la C. pour le C.A. 
On exécute, on suit les ordres 
On parle pas fort, on pense tout bas

Quand je serai grand moi je serai Cowboy 
J’irai où cheval me porte 
Je passerai mes nuits sur la paille 
Dans les saloons, les cafards à ma porte 
Et les call-girls et le whisky 
La winchester en dessous du lit 

Quand je serai grand moi je serai Cowboy 
Je sauverai la veuve et l’orphelin 
Je laisserai pas couler des larmes 
Je jouerai pas au plus malin 
Et puis la vie aura du charme 
Et puis les gens, y seront humains 
 
 Vas-y remonte sur ta selle 
C’est pas un drame si t’es tombé 
C’est pas grave si t’a eu mal 
Le pied coincé dans l’étrier. 
 
A fond d’balle, s’il galope et s’emballe 
S’il défie tous les vents, têtu 
Vas-y remonte sur ta selle 
Au lieu d’bouffer la terre battue. 
 
Parce que toi, t’es un Cowboy
T’es un Cowboy ou pas ?
Alors cavale ! 


#45 – Poussière

Eh mon pote, tu m’angoisses pour l’avenir de mes gosses
Laisse-moi crever d’une insomnie ou d’un cancer d’avoir trop ri
Le monde est malade façon Gotham
Les gras du bide et les chauves sourient,
Sauf que dans l’ciel y’a pas d’signal

La route est longue pour le Sapiens
La fin est proche et moi je pionce
Pousse le caddie, à l’agonie
Comme il fait jour aussi la nuit
Avant l’soleil quittait le ciel
Pour les peintures de la nature
Dans nos futurs tout est poussière
Ici dans l’ombre des lumières
Redresse la tête et soit pro fête.
Parce que ce soir, je veux t’aimer

A ta santé 14 juillet.

Moi je, le mec en bagnole qui klaxonne
Moi je, le connard de voisin
Moi je, le père qui t’abandonne
Moi je, le dieu des assassins
Moi je, celui qui veut t’apprendre
Moi je, celui qui ne sait rien
Ouais le mec qui parle et qui parle et qui parle
Comme un vieux con dans son divan

Je suis le vieux con dans son divan.

Le rock est mort, je braille dans le noir
J’écris dans l’vide quand il est tard
Mon clan c’est OFF, nuit et brouillard
C’est la rose blanche, pour la mémoire
Mets du volume il faut qu’je brûle
Ce qu’il me reste de cynique
Depuis petit je pue l’sinistre
En liberté, je peux choisir
Fils de mineur ou chercheur d’or
C’est pas la joie, la liberté

C’est pas la joie

Moi je, militant pour la planète
Parle à mon cul je suis vivant
Moi je, l’intello à la télé
Moi je, l’idiot du village
Moi je, le type que tu méprises le plus dans ta vie
Ouais le mec qui chiale et qui chiale et qui chiale
Et le mec qui s’en cale.

Je suis le mec qui s’en cale.

Au son des centrales en train d’lâcher je lâcherais rien
Salement amoché, la gueule en coin.
Charognard dans les entrailles du mal
A ronger les os, visage dans la boue
Et creuser la terre, dans la merde jusqu’au cou
Les montagnes de gravats, les déchets, les crachats, les cimetières
Toujours l’humain

Je suis un loup pour lui jusqu’à la fin
Je resterai assis, debout sur sa carcasse
A mes pieds ses godasses
Et du sang sur les mains


#44


#43


#42

Il n’y aura qu’une colère. Une bonne fois pour toute. Une sinon rien. Une pour tout dire. Tourner la page. Brûler le bouquin. Une colère, totale et entière. Révoltée, même contre elle même. Une colère de trou noir, qui se bouffe et se recrache, et se ravale. Et puis s’étouffe. Dans ses contradictions.

Un plat savamment préparé en laboratoire. Ou dans les cuisines de l’enfer. A la chaîne. Les formules chimiques du bon goût. Des algorithmes à nos papilles. De l’émotion pour nos pupilles. Aux écrans. A la chaîne. La colère. Un plat qui se mange avec les doigts.

Puis se vomit.


#41

Paraît que le feu de camp n’existe pas. Pas plus que la petite voix. Le crépitement, de chaque mot, en fumée, déposé, comme on peut, en catastrophe, pour trois fois rien. Le minuscule morceau de papier, tu te souviens ? Paraît que l’imaginaire n’est qu’imaginaire. Une caverne où résonne la petite voix, ou bien celle des ancêtres, à quoi penses-tu quand tu fixes la lune pendant de longues minutes ?

Si le feu de camp n’existe pas, il faudra nous dire ce qu’on fait ici. Il faudra rallumer les lumières, décrocher la lune et nous demander de partir. Éteindre le réchaud à pétrole qui donnait l’illusion de la flamme, appuyer sur OFF – tant qu’à faire – ouvrir les yeux sur la clairière et son gazon synthétique.

Mais voilà qu’il se met à pleuvoir. Le ciel est chargé, tu peux nous croire. Ca promet un bel orage. Si vraiment, en ce moment, nous ne sommes pas au feu de camp, il faudra nous expliquer pourquoi les premières gouttes de pluie nous jouent leur mélodie. Il faudra nous dire pourquoi on lutte, tour à tour, pour ne pas laisser s’éteindre la dernière braise.

Si tout ça c’est du vent. Qui souffle ? 


#40 – Tout s’éteint

Puisque tout se dégrade, tout se salit. Tout devient fade et tout vieillit. Entre les à quoi bon et les tant pis. Parmi les prophètes du c’est la vie, la belle dérive.
 
Puisque la victoire est la mort. Elle a raison, toujours, la raison du plus fort. Engloutis par les pensées millénaires. Perdus dans la culture du mauvais sort, aimer le pire.
 
Puisque plus rien n’est vraiment beau. Le débat clos, le cercle vicieux. Étouffer le raffut des sanglots, broyer la peur.
 
La fuite en avant. Croire enfin que tout s’éteint.


#39 – Fait d’hiver

J’ai parfois cette pensée bizarre 
Quand tout est trop calme 
Au cœur le cyclone 
Je vois le tracé d’un oscilloscope 
L’ambulance m’emmène faire un tour dehors 
Soleil couchant, comme c’est touchant,  
Les faits divers, un soir d’été,  
Je suis sorti 
Tombeau ouvert, pied au plancher 
A travers les rues d’la ville 
On grille les feux, c’est malheureux 
J’écoute les sirènes quand elles me chantent la mer. 
 
Dans cette histoire j’ai le pouvoir 
De déchanter oui mais d’y croire – un peu
Je te reviens par la pensée 
Le feu sacré pour effacer  – la peur
Déchire le voile, l’espace et l’air 
La vérité sur ta lumière – la mort

J’ai parfois cette pensée bizarre 
De mon corps au fond d’une boîte 
L’esprit en vrac 
Et de la neige dans les artères 
J’aurais bien voulu revoir Stockholm, 
Tu sais mais là, j’suis plutôt en urgence 
En hélicoptère, en partance 
Entre le fleuve et le taxeur 
En enfer, dans la cité, hospitalière
J’suis comme on dit dans les bras d’Morphée 
Sur le fil, en aiguille, dans le coton 
Et du plafond tombent les flocons 
Le fait d’hiver. 
 
J’ai parfois cette pensée bizarre 
Qu’elle se pointera un jour comme ça  
La faucheuse 
Dans d’beaux draps, la belle au bois
Me voilà dans l’antichambre, attaché 
A la mort par la machine 
A la vie par la magie 
Tu seras ma fée d’hiver. 
C’est pas mon genre de dire au revoir 
De faire des plans sur la comète 
Mais j’aimerais que plus tard 
Un jour le départ 
Ce sera toi qui aura la force 
D’appuyer sur OFF 
 
« Il n’est jamais trop tard pour faire battre un cœur »  


#38

Au feu de camp, jusqu’au printemps, mon ami, mon frère.
Combien derrière l’écran, rétro-éclaire.
Combien, au devant, soir de concert ?
Suffisamment, qu’on soit bien clairs.
Oh bien assez pour les souvenirs.
Pour les années à venir.
Ou les secondes.

Les mots devant, les maux derrière.
Après les étoiles, la Poussière.
Avant la paix, la colère.
Une histoire de fin fond de cœur,
Une histoire pour remettre les compteurs.
Quelque part entre zéro et un.


#37

Si les planètes ne s’alignent pas, si la dernière braise était pour ce soir ? 
Pourquoi faudrait-il toujours croire ? Qu’il y’a un après ?

Tu sais bien que tout s’éteint.

C’est écrit sur l’étendard qui claque au dessus de ce feu de camp.
C’était couru d’avance, déjà là au premier craquement.
La première étincelle est de celle qui annonce la fumée. 
Et si la fumée annonce le feu, eh bien c’est ce qu’on fait.

On fait feu. Le temps d’un éclair. Le temps de se réchauffer.
Tend les mains, c’est l’hiver. Les châtaignes, as-tu goûté ?
Le temps de réfléchir, à la clairière, de se poser.
Pour repartir. Vers les contrées.

Sauvage.


#36 – Ghostine

J’ai dû m’assoupir un jour dans l’train
J’ai cru te voir, j’ai dû rêver.
J’ai vraiment pu sentir ta main
Sur ma joue, me réveiller.
En douceur. Ouvrir les yeux. Sur ton absence.
Le terminal. Le quai de gare. Tout l’monde descend.
Tout le monde se barre dans mon cauchemar.
Ton souvenir, ton sourire, tes yeux noirs.
Et ton regard indécent.

J’ai dû m’lever au bout d’un moment.
Me dire des choses pour aller mieux.
Si j’tai en mémoire, c’est qu’au fond t’es pas loin.
Si ta main sur ma joue, en fait t’es partout.
Après tout, j’ai pris ce train, c’est pas par hasard.
Mais qu’t’y sois pas, c’est plutôt bizarre.
J’ai besoin de savoir pourquoi.
Pourquoi t’es là, sans être là, tout le temps.

Tu mets tellement de temps entre nous.
Je crois bien que t’existes pas.
Ou pas encore ou plus du tout.
Je suis paumé, je tiens debout.
Entre nous. Tu mets tellement de temps.
A t’faire oublier ou à te montrer.
T’en aller, revenir, dans mon passé, dans mon avenir.
C’est long tu sais pour moi qui voyage pas.

Encore je t’imagine
Encore je t’hallucine
Encore et encore et encore et encore…
T’es l’fantôme dans la machine 
Ghost in !


#35 – Chloé

On dirait qu’elle porte un lourd secret, Chloé
Un coffre-fort de pensées, je cherche la clef
Pendant que le monde dort, Chloé, elle reste éveillée
Cogite à la lune, comme un loup qui hurle
A la mort, elle s’éteint dans l’oreiller
Puis se rallume, une bouffée d’air
Puis de tabac pour les nerfs. Chloé

On dirait qu’elle porte le poids du monde, Chloé
Une belle planète où j’aimerais graviter
Elle verse de l’eau sur son sort, Chloé
Comme on éteint le feu d’une escale
Elle piétine les braises à l’aube
Et tousse un peu la fumée
Elle se traîne alors vers la baignoire
Dans l’ivresse des idées noires
Avec l’espoir de les noyer. Chloé

Elle ne porte plus rien, Chloé
On dirait bien qu’elle dort
A deux ou trois somnifères près
Ses boucles rouges dansent dans l’eau glacée
Le jour lui aussi peine à se terminer
Elle ne laisse rien au hasard, Chloé
Rien qu’une lettre et encore
Elle a de la veine, bien taillée, la mine grise
Raconte sa vie, invente sa mort

Chloé brille, de mille feux
De forêt, de bengale
Poudre noire sur ciel bleu
Chloé forge une armure
De guerrière amazone
Un moral en acier

Tant qu’elle voit du monde, Chloé
Elle a pas d’raison d’pas y croire
Elle va prendre des sourires dans la gueule
Des animaux dans les phares

Tant qu’elle voit du monde Chloé
Elle va pas s’poser d’questions
Elle f’ra semblant parfois d’être seule
Sans l’être jamais vraiment

Lentement elle se maquille
Un trait noir sous les yeux
Elle passe le vernis
Chloé rit.

Le pinceau sur les cils
Des peintures au visage
Elle met d’la couleur
Chloé pleure.

Ce soir elle se déguise
Des paillettes aux paupières
Elle porte le sourire. 


#34


#33 – Pour Un Jour

Trente et un décembre sur le seuil d’un appart. Je cherche un peu d’motiv et je squatte. J’entends derrière la porte la plupart de mes potes. Je retarde le moment… Ça va être à base de tourner la page et moi, j’ai plutôt envie de cramer le bouquin. Je m’entraine à sourire, une pensée pour Chloé. Finalement je respire et j’ajuste ma veste. Le meilleur et le pire sont de mèche pour l’instant. Je sonne puis je recule… Je pars ou je reste ? La porte s’ouvre en grand.

Mais d’un coup, l’action passe en noir et blanc. Ouais d’un coup, je marche au ralenti, je cherche du regard d’où vient le sortilège et je vois cette fille en couleur comme une fleur dans la neige. J’aime tout, de sa tête légèrement inclinée, à ses yeux amusés de me voir perturbé. Et moi, je m’accroche à des rivages en visages familiers. Sans succès, je reviens vers le sien, naufragé !

Trente et un décembre au milieu d’l’océan J’navigue en solitaire pour l’instant. Y m’reste un peu d’motiv pour aller toucher le fond, mais moi, Je regarde le plafond. Y’a plus d’étoiles dans le ciel, que des lumières de fin du monde. Et tournent les requins, le goût du sang. Alors je rame et je m’éloigne du vacarme. Un endroit plus tranquille pour écoper ma peine. Elle se lève comme la brise et se pose devant moi. Le saut de l’ange !

Comme une marionnette, un pendu, comme une de ces icônes d’ange déchu, comme si elle était seule en haut d’un phare et que le vent se montre insistant, elle se met à danser, libre, comme si elle n’avait rien à perdre, vraiment rien de rien. Une manif un neuf novembre, elle a des airs de Berlin. Moi, j’voudrais faire le mur avec elle, qu’elle m’attrape la main. On irait dans l’vieux monde, celui où tout n’est pas encore foiré pour s’échanger des compils sur cassette et se parler avec les mots des autres. Comme dit Bowie, « we can be » Juste pour un jour, mon amour !

We can be Heroes


#32

L’Amour est la force. La bonne distance. Imprenable au temps qui passe.
Laisse de l’espace, il n’y a que ça.
 
Au-delà de tout ce qui lâche. En résistance.
C’est ton rire face aux kalashs. Amour des astres ou désastre.
C’est ta joie de vivre contre bêtises. Ta mèche de cheveux dévastatrice.
C’est ton monde contre le monde. Ton regard lumière du soir. Apaisant.

Amour constellation,  relie tous les points du ciel, en rêvant celui ou celle.
Non, j’te jure, rien de rationnel.
 
Pégase et Cassiopée sont éternels.


#31 


#30

A mi-chemin.
Quel meilleur endroit pour te parler.
Sans te raconter la vie de lumière. Nos univers.
Chacun ses étoiles, ou ses lunes si tu préfères.
Chacun ses trous noirs, de ceux qui te happent, qui te hantent,
Qui ne te laissent rien. Le désespoir.
 
Il ne s’agit pas de ça.
C’est même tout l’inverse. La transparence contre l’opaque.
Un livre ouvert. Un mot innocent.
 
Amour.
 
A mi-chemin, je sais que tu comprends.
La bonne distance, Terre-Soleil, Ground control to Major Tom.
Un peu trop près, la folie. Un peu plus loin, le néant.
La bonne distance, Coeur-Esprit, Can you hear me ?


#29


#28

Les sentiments, c’est un peu l’inverse des univers.
Puisque tout s’y crée tout s’y perd.

C’est la magie des temps anciens.
C’est la bougie là dans ta main.
Danse et vacille au feu de camp, la flamme.
Belle et mystique. Oh non rien de rationnel.
La flamme peut bien être éternelle.
Comme on fait feu, mais à deux, pour un jour ou pour toujours.
Non je t’assure rien de raisonnable. Les sentiments.
Peuvent allonger le temps. Réduire les années en seconde.
Inversement.

On se revoit quand ?


#27

Rien n’se perd, rien n’se crée
C’est ça le secret, mon univers
Là avant, là après, alors qu’est ce qu’on perd
Qu’un mélange de poussières. Étoilées.
Et toi l’été. Et moi l’hiver.
Alors qu’est ce qu’on crée ?

La joie, l’Amour, et les colères.
Les rires d’enfant.
Virées secrètes en bord de mer.
Cheveux dans le vent.
Premier regard et première bière.
Les yeux brillants.
Où étais-tu, de ta naissance à hier?
Pourquoi, comment ?
T’as prévu quoi jusqu’à ta mort?
Être vivant.

Faisons-ça ensemble.
Les sentiments.


#26

L’histoire qui vient, mes amis du feu de camp,
L’histoire qui vient nous vient des étoiles
C’est un peu l’histoire ancestrale,
Celle des parents de nos parents.
C’est l’histoire de la comète, de l’alignement des planètes.
C’est carrément le moment.
C’est l’histoire de l’instant. De l’impact.
De la croisée des chemins.
Du croisement des poussières millénaires.
Entre nos mains.
Mes amis du feu de camp.
L’histoire qui vient.
C’est celle de l’Amour.


#25


#24

Retour au feu de camp, de où de quand, les enfants, quand on joue, tant qu’on joue, l’heure avance. On se raconte des histoires, on ne fait pas semblant, c’est pour de vrai.

Le clan se retrouve dans la clairière. On fait feu, de quel bois, pour quelle chaleur et quelle lumière ? Celle d’un écran rétro-éclairé. Celle d’une scène de fin fond de bar. Les enfants, il est tard.

On disait qu’on était un groupe de musique, nan pas de rock. Le rock est mort. Nan pas de chanson française, Brel est mort.

Tu sais qu’il y a encore des braises. Le sais-tu ? Il y a encore du souffle aussi.
Encore une histoire, allez.


#23 – Mis au monde par la même Terre…

C’est pour l’ami, qu’il n’oublie pas, ce que je suis, j’étais ou n’étais pas. Difficile, torturé, contredire par plaisir, aimer. Passionné, sans jamais s’assouvir. Les yeux qui brillent, les sentiments, c’est ces instants ou rien n’existe que le très grand. Parler, longtemps, avec lui, n’importe où. Écoute-moi, je t’écoute et ton son me rend fou. On se pige, entre nous, de quoi frémir. Je me fige, mais pas lui, face à l’avenir, qu’il aime imaginer quelque part à mes côtés. Était-ce prévu que l’ami puisse porter, l’âme d’un humain par moment si pommé ?

C’est pour l’ami, qu’il n’oublie pas, ce qui est dit, en fait ne se dit pas. Mais pour maintenant, ici, dans l’instantané. Celui où chemin pensant on se sait condamné. Je veux lui hurler, sent-il la valeur, que j’accorde à ce qu’il est. Un frère.


#22

Soleil dans le dos, dis c’est quand qu’on s’endort ?
Dis c’est où les bateaux qui nous attendent au port ?

Ca fait des années qu’on marche, toi et moi, regarde-moi.
Sais-tu encore un peu voler ? Dis-moi Peter, où est Chloé ?

Le pouce levé, le doigt en l’air, dis raconte-moi Anticythère
Quand t’as trouvé l’antique cité, de cette princesse, Antinéa.

Allez, raconte-moi n’importe quoi, pour m’endormir au Sahara
Raconte-moi juste une histoire, et ça ira.

Enfant perdu cherche poussière. Pensée heureuse et conte de fée.
Les Happy End, ils se marièrent. Et ta Wendy, pour un baiser.


#21 – Mon Ami, Mon Frère

Mon ami, mon frère, comment vas-tu depuis hier, ou je n’sais plus l’année dernière. Je t’écris parce que je pars une fois de plus, vers l’inconnu, je disparais de ton regard, je reviendrai.

Comment te dire, toi qui m’connaît depuis petit, mes belles années. Je dois partir pour pas rester dans la routine du peuple mort. Je dois revenir les bras chargés des souvenirs qu’on s’est pas fait.

Mon ami, y’a trop d’chemins, trop d’merveilles à voir trop loin. J’veux pas d’reproches de vieux tocard même si j’vois pas tes mômes grandir, je t’ai vu gosse, moi ça m’suffit pour toute une vie.

Mon frangin, le temps passe, joue contre nous le faiseur de rides, nous rend désert, le sablier, vide, à sec de se parler. Je ne sais plus quoi dire alors je t’envoie quelques pensées.

C’est pas qu’on s’connaît plus, c’est qu’on s’connaît trop bien. Il nous faudra faire d’autres aventures pour avoir des trucs à s’dire et puis surtout vivre et vivre encore, avant de se revoir.

Mon ami, loin des yeux, cent fois perdu aux vents du nord. Je te retrouve si près du cœur, parfois le soir quand je m’endors. Déboussolé face à la vie, c’est avec toi.

Où que je sois, magie opère. Quand je m’allonge dans l’herbe verte ou quand je barre jusqu’à la mer, je n’suis pas loin. Tu sais bien. Quand je m’absente une vie entière ou quand j’te vois le lendemain, je reste là.

Mon Ami. Mon Frère.

De la famille ou des bars, du sang, de la terre ou du cœur.
Du berceau, de la fac, et d’école en école primaire.
Compagnon de voyage, de bonheur ou de galère.
De la campagne ou des gares, de la villa des bords de mer.
De ma mère ou mon père, si t’es une fille, j’aime une sœur.
Ouais frère de mes rêves, de tous les jours de fête.


#20


#19 – Gamin

Amoureux tout l’temps, de tout, de n’importe quoi, t’en as dans le cœur à faire péter les compteurs. Dans chaque seconde, tu trouves toujours un tour de magie, le problème c’est que tout le monde connaît les trucs. Parce que tout le monde a grandi. Et toi ?

Toi tu sais pas, tu vois dans certains regards, le regard potentiel de la vie. Tu vois dans le miroir un gamin qui veut pas qu’on lui dise. Que c’est fini. De toute façon t’écoutes rien, c’est blasant pour les tiens, mais c’est la faute aux nuages, aux fleurs, aux papillons. Ils appellent ça le manque d’attention.

Amoureux tout l’temps, de tout, de n’importe qui, de la Wendy d’en face qui fume sa clope à la fenêtre. Et de la cendre fée qui s’échappe et vole au vent. S’il vous plaît, dessine-moi un autre monde, ou fais-moi voir des choses nouvelles, que faisaient déjà les parents de nos parents, quand ils n’étaient pas grands. Et toi ?

Toi pour passer inaperçu, tu t’excuses d’être là, pardon, ma place est la tienne, j’avais pas vu. Je vais aller respirer ailleurs parce que là c’est ton air. Et puis c’est ton trottoir et ta femme et ton chien, ta maison, ton basilic en pot, ta facture d’eau, tes vacances à la mer, à la montagne j’en sais rien, tes dimanches en famille, tes paroles de facho.

Parce que toi, tu n’es qu’un gamin, toi, t’as perdu l’ombre. Et tu sais que tu ne sais rien, tu vis en haut d’un arbre. Pour crier : méfiez-vous des capitaines, de leurs crochets, de leurs canons et de leurs sabres !


#18

L’enfance n’est pas une époque. C’est un état d’esprit. C’est ce qu’on se disait, autour du feu de camp – De quand ? Vingt-trois heures et quelques – pour se rassurer. Quand on était grand. On disait. Dessine-moi un mensonge.

On disait que t’étais capitaine, au matelas ton voilier, au grenier la tempête. Voyageur l’étranger, les eaux déchaînées dans le flot d’une gouttière, les éclairs, la fenêtre. Ton bateau à peine plus grand qu’une coquille de noix. Explorateur jamais perdu, trésors de poussière, d’imagination, tu quittes la maison pour le pays imaginaire. Tu t’envoles sur les toits en papier, à la lumière des lampadaires, tu empruntes au chat sa beauté, tu sabotes la lune et son clair. Pour danser avec la nuit. Ta seule amie ton amie chère.

On disait ?

L’enfance n’est pas une époque. C’est un monde.


#17

Quel âge a-t-on, quand on joue, tant qu’on joue, dans la clairière, à la lumière, tes yeux des phares, Colin Maillard, ami, mon frère, quel âge a-t-on ?

Quand vient le soir, les mains en l’air, ou à tâtons, tiens-moi en joue, ouais tant qu’on joue, la nuit est claire, à la rivière, dis-moi Peter, où est ton ombre ?


#16

Et puis l’escale a repris. Non pas la route. Oui, l’escale.

Les feuilles ont changé de couleur. Elles naviguent entre ciel et terre. Pendant cette longue, longue seconde. Elles ont quitté le port d’attache, mais n’ont pas gagné le sol. Que gagner à atterrir ? Non, les feuilles volent en ce moment même. Elles volent un peu de temps à l’éternité. Poésie. Toutes ces feuilles sans écriture, en racontent pour une vie entière.

Et nous, voyageurs immobiles. Le décor change autour. Mais on ne bouge pas. Surtout pas. De peur, peut-être, d’un destin de feuille. L’atterrissage forcé. Alors on reste à la clairière. On compte bien y passer l’hiver, à jouer, boire et clamer des vers. Pour le moment c’est doré, alors on reste là.

Jeter l’encre aux feuilles d’or.


#15 – L’instant damné

Il en faut pour passer une vie, et la boîte se remplit, de photos parfois jaunies. Tous ces gens, tous manquants, plus enfants que moi maintenant, ne sachant rien de leur vie, de l’œil qui les épie.

Mais qui pleure ces femmes d’avant ? Les mères des parents de nos parents.
Quel visage retenir, de quelle époque et quel sourire ?

Allez, fais de moi un souvenir, dont on cherchera le nom dans cent ans. Retiens ce temps d’existence, cette seconde où je respire. Prends ce cliché sans avoir conscience, du fait qu’il va jaunir, du fait qu’au-delà de l’instant, où l’on se pend dans la lumière, nous serons ces gens manquants.

Les photos sont des cimetières.


#14


#13 


#12


#11 – Le Vieux

J’voulais quand même te dire, y‘a plus grand chose qui m’fait vibrer.

Tous les potes à la maison sont des fantômes. Y‘a bien des ombres ici ou là mais j’entends pas c’qu’on m’fredonne au sonotone. Chaque matin, le café froid, à trois plombes du micro-onde. Tout est triste et toutes ces tombes, comme cette feuille est à l’automne. Ouais même les rimes sont monotones.

Faut dire, je ne sais plus par où j’ai mal au réveil. Ca part du moral, jusqu’aux épaules, ça continue du bide au cul, c’est vrai j’dérouille des tripes aux couilles. Et ça descend devant, derrière, des genoux vers les orteils. Puis ça remonte dans le coeur et les artères.

Du paradis en enfer.

En mémoire, en mémoire il me reste un foulard, un parfum, une promesse. Trois fois rien, tes yeux verts la tendresse.

En mémoire, en mémoire il me reste un château, un trésor, une princesse. Un retard, une erreur de jeunesse.

En mémoire, en mémoire il me reste un phare, une île, une ivresse. Un voyage et ton corps de déesse.

J’ai 80 piges, j’sais pas si tu piges. Y’a plus rien d’glorieux dans les yeux qui m’regardent, pour ceux qui m’regardent encore, c’est possible.

J’peux bien mourir d’être immobile. J’peux bien crever d’être invisible. Même quand la vie m’sourit on dirait qu’elle fait la gueule. J’ai pas l’ambition d’un dépressif, j’me sens seul.

Faut dire, la douleur s’apaise dans l’aprem, grâce à la deuxième tournée de cachetons. Dormir, ouais dormir pour ne plus penser, mais faire des rêves de camé qui plâne. Alors tout s’met à balancer, de la cave au grenier, les souvenirs à l’envers se renversent et finissent à terre, à mes pieds. J’me concentre pour ne pas les perdre, quand le sol s’ouvre en deux.

Sur le grand rien.

Allez, pousse mon fauteuil on s’casse vers la digue, dernier rempart avant l’départ.

Je veux revoir le ciel se mélanger les pinceaux avec le soleil.

Je veux que les embruns me remettent en mémoire notre histoire.

Je veux que tu danses pour moi, que tu danses pour deux, que tu traces… Des forever pour les rêveurs.

Le soir venu, au clair de lune, j’aurai plus mal…


#10

Le temps passe. Six mois ou soixante secondes. Quelle importance ? Quand on est à l’escale, bien au chaud, avec son clan.

Fermer paupière sur l’été. Puis revoir un printemps. D’un battement de cil. Tout ça est possible. Tu verras. La magie d’avant.

Complètement immobile, tu peux voyager toujours. Tant que l’histoire est solide, elle te portera. La feuille au vent.

Et puis, nous aussi on va te porter. Sur nos épaules et dans nos cœurs.

Mon Vieux.


#9

Ces feuilles mortes sur lesquelles rien n’est écrit, attendent elles aussi leur histoire.

Qu’on les foule du pied, de la roue d’un fauteuil,

Qu’on les respire, au sentier, ou par la mémoire.

Qu’on les brûle pour se réchauffer, les jours de deuil.

Ces feuilles mortes ne le sont pas vraiment.

Elles ont des choses à raconter, et elles le font.

De la plus belle des plus belles manières.


#8

La fin de l’été. Nous a laissé. Un goût amer. Un goût salé. Un bout de la mer dans la mémoire. Comment te dire ?

Soleil tombe, Nuit tombe, cimetière Tombe. C’est l’automne là bas, tu vois ?

Et nous On Fait Feu, comme toujours, avec les feuilles mortes, qu’importe.

On Fait Feu, faute de mieux, on attend.

On t’attend.


#7

Petit matin, te souviens-tu, la nuit dernière, là d’où tu viens ? La nuit derrière, Lever du Jour, c’était le début, et quelque part, c’était la fin. C’était le moment de se dire au revoir, dormir un peu.

Désormais réveillés, soleil au zénith, la journée devant nous. On va savourer l’escale. Profiter du feu de camp encore un moment, pour y planter quelques histoires, les regarder fleurir. En attendant le soir. Ou la fin de l’été. Et les cueillir ?


#6

Le premier son est un crépitement.

Depuis la nuit, tu sais, celle des temps forts.

Juste après le premier souffle.

Quand le minuscule morceau de papier se pose sur la dernière braise.

Crépitement, feu des artifices.

Un concert microcosmique au lendemain de l’escale.

Morne plaine.

Un spectacle sans spectateur, petit matin.

Quand le texte s’enflamme enfin.

C’est le chant des possibles.


#5

Le sais-tu, petit matin, ne reste rien que des cendres,

Le soleil a pris le relai, pourquoi pas.

Nos bouteilles vides, plus rien à descendre, nos bouches en terre,

Désolées. Le clan éparpillé, aux quatre coins du feu. La clairière.

C’est le réveil des premiers Hommes, ouais la nature encore sauvage.

Et puis la braise rougeoie encore, et rien n’est mort, tant qu’ils sont là.

On n’allume pas, on souffle, on pense, surtout le chaud et peu le froid.

On sacrifie, la forêt danse. Et tout ce qui brûle, le clan se réchauffe.

Le clan s’appelle O.F.F. Comme On Fait Feu.

De tout bois.


#4 – Rose blanche

Je ne sais pas ton nom, encore moins ton visage.
Mais je travaille, clandestin, en fond d’cave
Sur une machine du moyen âge
Un minuscule morceau de papier
Arraché au dernier tirage, des griffes du temps
Pour le poser entre tes mains.

Je ne peux te dire ce que je pense alors je presse
Contre mon cœur, le minuscule morceau de papier
En off set, la voix humide, la nuit tombée
Avec mon groupe d’impression, si dissident
Dis moi c’est quand qu’on s’en balance
Et qu’on se lance, les mots tabous.

Sur la terre de nos amours. En pluie de larmes.
Ce minuscule morceau de papier refleurira
Et tu verras, des racines reviendront les poèmes.
S’écriront sur les feuilles tout ce qui a été dit.
De plus beau, les « Je t’aime ».

A cet instant nous étions. Et nous serons. Réunis à nouveau.


#3

Assieds-toi une minute au feu de camp. Ici, on a le temps. On a toujours le temps.

Tu sais, la plus belle des histoires, parée des mots les plus grandioses, n’est à la fin qu’une feuille de papier.

Juste de quoi faire passer la nuit. S’y réchauffer. Et sa lumière.

Ouais rien qu’un brouillon à brûler, pour alimenter le feu, matière première.

Le feu, le seul endroit de la mémoire, où retrouver la nuit des temps.

Où réécrire la belle histoire. Comme à chaque fois.


#2

T’imagines, s’il n’était jamais trop tard. Pour se remettre en marche.

Réparer la machine.

L’étincelle au feu de camp, cheveux dans le vent, tes 17 ans.

Et cette mèche qui allume un sourire.

Faire escale.

Et t’écouter parler, toujours.

Trouver la morale.

Ne plus fuir.


#1

T’imagines, si on pouvait faire table rase. Du passé.

Reprendre à zéro. Là où tout a commencé.

Tout effacer, comme si on s’était gouré de chemin.

Faire machine arrière.

Appuyer sur OFF, et puis rallumer.

Ouais, comme on rallume un feu, en soufflant sur les braises.

Juste pour la chaleur et la lumière.